Revue et de presse, tendances et actualités, ce que nous avons vu, lu et entendu et que nous souhaitions partager avec vous. Friday c’est bio-inspiré propose de décrypter l’actualité économique, sociale et stratégique à la lumière des solutions que pourraient nous apporter le Vivant en modèle et allié.

MANAGEMENT >> Ce qui définit l’homme, c’est la faculté de composer des idées entre elles
Interview du neuroscientifique Stanislas Dehaene, membre de l’Académie des sciences, président du Conseil scientifique de l’Education nationale, professeur au Collège de France, titulaire de la chaire de psychologie cognitive expérimentale.
L’article met en lumière une thèse forte pour penser innovation notamment : la singularité humaine ne réside pas tant dans la capacité à inventer ex nihilo que dans une faculté bien plus fondamentale : assembler des éléments simples pour créer des structures complexes.
Depuis les premières traces géométriques préhistoriques jusqu’aux mathématiques modernes, l’esprit humain fonctionne en effet à partir d’un nombre limité de “primitives” (formes, symétries, relations spatiales) qu’il combine selon quelques règles universelles : répétition, concaténation et enchâssement. Cette logique de composition, profondément ancrée dans notre cerveau, constitue le socle de nombreux langages humains — mathématiques, art, musique, langage.
Contrairement aux autres espèces, l’humain perçoit spontanément les régularités et les motifs, et surtout, il sait les manipuler et les recombiner. C’est cette capacité de composition symbolique récursive qui serait à l’origine de la pensée abstraite et de la créativité.
Cette logique est illustrée de manière frappante par les “chimères” — ces créatures hybrides (Centaures par exemple) présentes dans toutes les cultures. Elles ne sont rien d’autre que des assemblages d’idées déjà connues. En ce sens, l’innovation apparaît moins comme un acte de rupture pure que comme une capacité à voir des connexions nouvelles entre des briques anciennes. La créativité humaine serait donc avant tout une intelligence de la combinaison.
Souvent les entreprises, les startups ou les entrepreneurs souhaitent, ou pensent, avoir l’idée du siècle, partir d’une feuille blanche, défricher une terre inconnue, devoir tout inventer avec leurs propres ressources. Parfois c’est vrai et c’est excitant … mais c’est aussi très exigeant, et parfois une perte de temps et d’argent, et une grosse prise de risque, notamment pour les grandes entreprises, qui gagneraient en efficacité à recomposer, adapter ou accélérer des pistes déjà défrichées par d’autres.
Du côté de NewCorp Conseil / Biomimexpo nous avons fini par identifier 4 chemins d’innovation, et la « piste du Centaure » est une des pistes les plus intéressantes : et si ce que vous cherchez avait déjà été approché ailleurs ? Connaitre le marché (open inno, benchmark, veille) pour s’en inspirer et parfois recombiner des solutions ou travaux déjà développés par d’autres. Pour en imaginer une variante n+1. C’est évidemment aussi une piste inspirée par la philosophe Gabrielle Halpern lors d’une très brillante présentation de son livre « Tous Centaures » lors de Biomim’expo 2020.



MARCHÉS >> Guerlain teste un nouvel alcool neutre pour des parfums plus écologiques
Le parfumeur a signé un partenariat avec la jeune pousse Intact, qui produit un alcool neutre à base de pois émettant 80 % de gaz à effet de serre de moins que l’alcool de betterave
La maison Guerlain s’associe à la startup française Intact pour introduire un nouvel alcool de parfumerie à faible empreinte carbone. Baptisé Pulse, cet alcool extra-neutre est produit à partir de résidus de légumineuses (notamment le pois) via un procédé de fermentation bas carbone et circulaire.
Contrairement aux alcools traditionnels issus de betterave ou de blé, cette solution valorise des coproduits agricoles et s’appuie sur des cultures capables de fixer naturellement l’azote, contribuant ainsi à la fertilité des sols et à la réduction des engrais chimiques.
Selon les analyses de cycle de vie, cet alcool permettrait de réduire de plus de 80 % les émissions de gaz à effet de serre par rapport aux solutions conventionnelles. Guerlain devient ainsi la première maison de parfumerie à intégrer ce type d’ingrédient dans une fragrance, ouvrant la voie à une transformation plus large de la filière.
« L’alcool est un ingrédient central dans notre métier de parfumeur. L’innovation d’Intact est un projet stratégique et structurant car il nous permet de contribuer davantage à la régénération des sols tout en préservant les pollinisateurs par des pratiques issues de l’agriculture biologique. Elle s’inscrit pleinement dans notre démarche partenariale avec nos fournisseurs »
Ce cas est intéressant car il montre une innovation très “nature-based” au sens ressource, mais avec une ambition clairement « nature-oriented » (dixit Alain Renaudin_NewCorp Conseil). Ici, le vivant propose une matière première alternative (mobilisée pour ses propriétés agronomiques de fixation de l’azote notamment), ET un impact direct sur les écosystèmes agricoles.
Nous sommes donc dans une démarche plus avancée que le simple sourcing pour avoir une matière issue du vivant mais qui – aussi – améliore le fonctionnement du vivant.
C’est également un bon exemple de ce que nous qualifions d’innovation « plateforme » (diffusable à toute une gamme de produits) et « multi-impacts » où le sourcing (biodiversité) devient aussi un outil au service du climat : l’alcool, central en parfumerie, devient un levier stratégique de décarbonation. Il ne s’agit pas d’une innovation produit mais d’une innovation plateforme sur un maillon critique à l’impact systémique.
Enfin, cette innovation illustre une autre dynamique, celle de l’alliance entre grands groupes et startups deeptech. Ici, la rupture ne vient pas de la maison historique, mais de sa capacité à identifier, intégrer et scaler une innovation externe. Un schéma qui rentre dans ce que NewCorp Conseil appelle la “piste du Centaure”, qui recombine des expertises (agriculture régénérative + chimie + luxe) pour produire une innovation à impact et industrialisable.


MARCHÉS >> L’Oréal et la start-up Dioxycle signent un partenariat pour décarboner les emballages
L’Oréal a signé un partenariat stratégique avec la startup Dioxycle pour transformer des émissions industrielles de CO₂ en matières premières plastiques. L’objectif : produire de l’éthylène – brique de base du polyéthylène – à partir de carbone capturé, plutôt que de ressources fossiles.
La technologie développée par Dioxycle repose sur un procédé d’électrolyse du carbone, permettant de convertir CO₂ et CO en molécules utilisables dans la chimie des plastiques. Ce matériau peut ensuite être utilisé comme un “drop-in” : il conserve les mêmes propriétés que le plastique conventionnel, tout en réduisant son empreinte carbone.
Pour L’Oréal, l’enjeu est majeur : les emballages représentent une part significative de ses émissions, notamment en Scope 3. Ce partenariat ouvre ainsi une nouvelle voie de décarbonation, en agissant directement sur l’origine des matières premières, sans remettre en cause les performances industrielles ni les chaînes de production existantes.
Ce partenariat est intéressant car il illustre une idée clé : l’inspiration du vivant ne se joue pas uniquement au niveau des formes ou des organismes, mais aussi à celui des grands principes de fonctionnement.
La technologie ici ne mobilise pas directement le vivant, ni ne s’en inspire explicitement. Et pourtant, elle s’inscrit pleinement dans une logique que l’on peut qualifier de « nature-oriented » : son objectif est bien de réduire l’empreinte carbone et de rééquilibrer les flux de matière, en repensant la manière dont elle circule. Le carbone, plutôt que d’être extrait puis rejeté, est capté et réutilisé pour produire de nouveaux matériaux.
On peut donc aussi considérer que cette innovation est « alignée » avec les principes du Vivant : sans copier le vivant, elle converge vers certains de ses principes fondamentaux — circularité des ressources, transformation continue de la matière, absence de déchet. Le carbone n’est plus extrait puis rejeté, mais réintégré dans un cycle. Une logique proche du fonctionnement des écosystèmes, où tout devient ressource.
Pour les entreprises, cela ouvre une piste stratégique complémentaire : s’inspirer du vivant non seulement dans les solutions elles-mêmes, mais aussi dans les logiques systémiques — circularité, transformation, boucles de matière. Une manière d’élargir le champ du biomimétisme, tout en restant fidèle à son intuition de départ : apprendre du vivant pour transformer nos modèles.
La vision de la start-up est plus large que l’éthylène avec, à terme, l’idée de « réinventer une chimie entièrement électrifiée », confie Sarah Lamaison, où le carbone capturé à la sortie des usines industrielles devient la matière première d’une génération de produits du quotidien.
Depuis son lancement, la société a levé 37 millions de dollars auprès d’investisseurs surtout américains, comme Lowercarbon Capital, Breakthrough Energy Ventures et Gigascale Capital. La société est installée à Paris, avec des opérations en France et en Californie et prévoit de repartir pour une prochaine levée de fonds d’ici à la fin de l’année.

ÉCOSYSTÈMES >> Les castors permettent de stocker dix fois plus de CO₂ dans les zones humides … et ça peut inspirer votre stratégie d’innovation
On connaissait déjà son apport dans la lutte contre les sécheresses et les inondations, et son importance pour la biodiversité, mais le castor ne cesse de nous surprendre. Une étude publiée le 18 mars dans la revue Nature nous apprend que les zones humides aménagées par les castors stockent jusqu’à dix fois plus de carbone que les milieux sans ces rongeurs.
C’est une contribution essentielle car les zones humides comptent parmi les écosystèmes les plus efficaces pour capter et stocker le CO₂, notamment dans les sols et les sédiments. Elles peuvent stocker du carbone à des niveaux très élevés, parfois bien supérieurs à d’autres milieux naturels.
En multipliant ces milieux, les castors agissent comme de véritables “ingénieurs des écosystèmes” : ils transforment rapidement les paysages, augmentent la biodiversité et créent des conditions favorables à la séquestration du carbone sur le long terme.
Ce cas est très intéressant car il illustre une forme d’innovation différente : ici, il n’y a pas de technologie, mais un organisme vivant qui produit une fonction systémique. Le castor ne “capture” pas le carbone au sens technique. Il modifie un environnement – en ralentissant l’eau, en créant des zones humides, en accumulant de la matière – et c’est cette transformation qui permet au système de stocker massivement du carbone. Autrement dit, la performance vient de la capacité à reconfigurer un écosystème et ses échanges.
Pour les entreprises (ou les collectivités territoriales), cela ouvre une piste différente : s’inspirer du vivant, ce n’est pas seulement reproduire des formes ou des matériaux, ou innover à travers un objet ou une technologie, c’est aussi comprendre comment le vivant agit à l’échelle d’un écosystème et bénéficier d’effets induits par cet ensemble. Le castor ne résout pas un problème isolé, il crée les conditions pour que plusieurs fonctions émergent simultanément (stockage du carbone, rétention d’eau, biodiversité…) et produisent un ensemble d’effets.
Une invitation à penser l’innovation non plus comme une solution unique, mais comme un système de solutions interconnectées, capable de générer plusieurs bénéfices à la fois.
FILM >> Nouveau film de la série Nature = Futur ! « Des matériaux vivants sur la Lune ».
Comment répondre aux problématiques de l’ingénierie spatiale dans un milieu aussi extrême que celui de la Lune ?
En s’inspirant du vivant et des structures de matériaux déformants – comme la pomme de pin, le genêt ou l’ajonc – qui savent tirer parti des variations de leur environnement pour protéger ou disséminer leurs graines !!
Le chercheur Antoine Le Duigou et son équipe de l’université de Bretagne Sud, en collaboration avec l’ESA (l’Agence spatiale Européenne), ont ainsi mis au point des matériaux innovants et des imprimantes 4D afin de fabriquer, sur la Lune, des trackers solaires qui s’orientent de façon autonome…

EXPO >> « Bâtir Vivant », la nouvelle expo de l’Institut pour un Design Soutenable.
Forte de plus de 250 candidatures, la biennale retiendra une nouvelle fois quarante projets pour les révéler rue Lincoln, dans le 8ᵉ arrondissement de Paris.
L’exposition sera ouverte du 2 au 12 avril, de 11h à 19h. Pendant 11 jours, sur 1200 m², les portes du futur s’ouvrent ! L’occasion de découvrir ce que seront les intérieurs de demain à travers les travaux d’inventeurs et de designers-chercheurs qui œuvrent 100 % sans empreinte plastique.
> Page Instagram avec le programme : @batirvivant_biennale
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