Revue et de presse, tendances et actualités, ce que nous avons vu, lu et entendu et que nous souhaitions partager avec vous. Friday c’est bio-inspiré propose de décrypter l’actualité économique, sociale et stratégique à la lumière des solutions que pourraient nous apporter le Vivant en modèle et allié.


VILLE & NATURE >> Rio de Janeiro, ou l’incroyable histoire de la renaissance de la première forêt urbaine mondiale.
Au cœur de Rio de Janeiro se trouve l’une des plus extraordinaires histoires de restauration écologique au monde : la Floresta da Tijuca. Partie intégrante du parc national de Tijuca, elle est la plus grande forêt urbaine au monde.
Ce qui rend ce lieu unique n’est pas seulement sa taille — plus de 3 900 hectares, mais le fait qu’il s’agisse d’une forêt largement … recréée par l’homme au XIXe siècle.
Une histoire spectaculaire de destruction… puis de régénération.
L’histoire commence au début du XVIe siècle, lorsque les Portugais découvrent les côtes brésiliennes. En janvier 1502, une expédition pénètre dans la baie de Guanabara et croit découvrir l’embouchure d’un fleuve … d’où le nom : « Rio de Janeiro » – “le fleuve de janvier”.
La région est alors couverte par la dense forêt atlantique brésilienne (Mata Atlântica), l’un des écosystèmes les plus riches de la planète.
Mais avec l’expansion coloniale arrivent aussi l’exploitation du bois, l’urbanisation, et l’agriculture intensive, du café notamment.
La forêt recule alors rapidement. Au XIXe siècle, les collines de Rio sont massivement déboisées pour développer des plantations de café, extrêmement rentables à l’époque. Des milliers d’hectares sont transformés en cultures.
Le succès économique se transforme finalement en désastre écologique car ces plantations sont installées sur des terrains abrupts et fragiles et provoquent en cascade … l’érosion des sols, des glissements de terrain, l’appauvrissement des terres et la disparition progressive des sources d’eau. Les plantations finissent par perdre leur productivité … et la ville de Rio commence à manquer d’eau potable !
L’histoire commence au début du XVIe siècle, lorsque les Portugais découvrent les côtes brésiliennes. En janvier 1502, une expédition pénètre dans la baie de Guanabara et croit découvrir l’embouchure d’un fleuve … d’où le nom : « Rio de Janeiro » – “le fleuve de janvier”.
La région est alors couverte par la dense forêt atlantique brésilienne (Mata Atlântica), l’un des écosystèmes les plus riches de la planète.
Mais avec l’expansion coloniale arrivent aussi l’exploitation du bois, l’urbanisation, et l’agriculture intensive, du café notamment.
La forêt recule alors rapidement. Au XIXe siècle, les collines de Rio sont massivement déboisées pour développer des plantations de café, extrêmement rentables à l’époque. Des milliers d’hectares sont transformés en cultures.
Le succès économique se transforme finalement en désastre écologique car ces plantations sont installées sur des terrains abrupts et fragiles et provoquent en cascade, l’érosion des sols, des glissements de terrain, l’appauvrissement des terres et la disparition progressive des sources d’eau.
Les plantations finissent par perdre leur productivité … et la ville de Rio commence à manquer d’eau potable !
Face à cette crise, l’empereur Dom Pedro II prend une décision radicale dans les années 1860 : il faut arrêter les plantations de café et replanter la forêt !
À l’époque, cette idée est extrêmement novatrice :
on comprend déjà qu’une forêt n’est pas seulement un décor, mais une infrastructure écologique. La mission est confiée au major Manuel Gomes Archer qui avec une petite équipe (dont des esclaves affranchis) va replanter des dizaines de milliers d’arbres pendant plus de dix ans.
- Les espèces natives sont privilégiées
- Les sols sont peu à peu restaurés et retiennent à nouveau l’eau
- L’érosion diminue
- Des cycles hydrologiques reprennent leur place et le microclimat réapparait
Autrement dit, Rio de Janeiro expérimente, plus d’un siècle avant l’heure, une forme de restauration écologique à grande échelle. La logique est simple mais visionnaire : restaurer l’écosystème pour restaurer ses fonctions. La forêt devient une solution aux problèmes de la ville.
Aujourd’hui, la Parque Nacional da Tijuca et ses près de 4000 hectares est composé de plusieurs massifs forestiers connectés et constitue un immense réservoir de biodiversité, un régulateur climatique pour la ville, une zone clé pour la gestion de l’eau, et des espaces de vie incroyables.
On y trouve des singes capucins, des singes hurleurs, des paresseux, des toucans, des serpents, papillons tropicaux, des centaines d’espèces d’oiseaux, et une flore tout aussi riche et luxuriante.
Contrairement à une forêt totalement sauvage, Tijuca est surveillée et entretenue de près, pour contrôler les espèces invasives, prévenir les incendies, poursuivre en permanence la restauration écologique, et surveiller son respect par les humains, habitants et touristes, pour préserver un équilibre complexe entre nature et mégapole (7 millions d’habitants à Rio)
Cette restauration exemplaire de la forêt de Rio de Janeiro est une démonstration historique d’une approche à la fois inspirée par la Nature et basée sur le Vivant. Bien avant les « tendances » actuelles, Rio avait compris une chose fondamentale : certaines crises ne se résolvent pas contre la nature… mais avec elle. La forêt de Tijuca montre qu’un écosystème naturel fournit de l’eau, de la fraîcheur, de la stabilité, de la résilience … Ce n’est pas seulement un luxe paysager, c’est véritablement une infrastructure vivante aux bénéfices écosystémiques.
Mais … la restauration locale ne doit pas masquer l’ampleur des destructions globales :
Si la forêt a été recréée autour de Rio, la « Mata Atlântica », l’immense forêt tropicale qui couvrait autrefois une grande partie de la côte brésilienne, a, elle, presque totalement disparu ! Il ne subsiste qu’une faible partie de sa surface originelle, fragmentée et très vulnérable.
Finalement, Tijuca est à la fois un symbole d’espoir et une démonstration à l’heure où les villes cherchent à se rafraîchir, à gérer les pluies extrêmes, à prévenir les risques d’érosion, à restaurer la biodiversité … mais Tijuca ne doit pas être l’arbre qui cache le reste de la forêt : réparer localement ne suffira pas si les grands équilibres continuent de disparaître ailleurs. Une belle forêt urbaine, certes remarquable, ne remplacera jamais la déforestation massive des espaces vierges.

« MERCI MONSIEUR ATTENBOROUGH »>> La voix de la Nature
Rassurez-vous, ce n’est pas un hommage posthume, David Attenborough n’a « que » fêté ses 100 ans le 8 mai dernier.
Depuis plus de sept décennies, il est devenu l’une des figures les plus emblématiques de la découverte du vivant. À travers ses documentaires – de Life on Earth à Planet Earth, en passant par Blue Planet – il a permis à des centaines de millions de personnes de découvrir la complexité des écosystèmes, l’intelligence du vivant, les interactions entre espèces, et la fragilité croissante de la biodiversité.
Avec son ton calme, ses yeux clairs et pétillants, sa curiosité intacte et son émerveillement communicatif, David Attenborough a profondément transformé notre regard sur la nature. Plus qu’un écrivain et documentariste, il est devenu un immense passeur du vivant.
Le parcours de David Attenborough épouse presque un siècle de transformations du monde vivant.
Depuis les années 1950, il a parcouru tous les continents, filmé des milliers d’espèces, accompagné l’évolution spectaculaire des techniques naturalistes et cinématographiques. Ses documentaires ont souvent constitué des premières mondiales : comportements animaux jamais observés, images des grands fonds, migrations spectaculaires, symbioses et coopérations invisibles …
Mais au fil des décennies, son œuvre a progressivement changé de tonalité : de la découverte … à l’alerte.
David Attenborough en effet est aussi devenu le témoin direct de l’effondrement de certaines populations animales, de la déforestation, de l’acidification des océans, et du dérèglement climatique en général avec son cortège de conséquences.
Son travail raconte finalement autant la beauté fascinante du vivant … que sa vulnérabilité.
Au fil des années, plusieurs idées-forces traversent son œuvre :
Le vivant est un système d’interdépendances. Aucune espèce n’existe seule, tout est relation, équilibre, coopération, adaptation continue et réciproque …
La biodiversité n’est pas un “plus”, elle constitue la base de notre alimentation, de nos ressources, de notre stabilité climatique, de notre santé, … on pourrait poursuivre pour dire également de nos économies, de nos relations géopolitiques … Nous dépendons profondément du vivant.
L’humain ne peut pas s’extraire de la nature. L’idée d’une humanité “hors-sol” est une illusion, nous faisons partie du système vivant, nous sommes même chacun de nous écosystème.
Il est encore temps d’agir. Malgré ses alertes, David Attenborough reste porteur d’un message fondamentalement mobilisateur : la nature possède une formidable capacité de régénération … à condition de lui laisser de l’espace.
David Attenborough a rendu visible un monde que nous ne regardions plus. Il nous a appris à réapprendre à regarder le vivant.
Comportements animaux, dynamiques des écosystèmes, sophistication du vivant … son œuvre nous rappelle que la nature n’est pas un décor, c’est un système extraordinairement complexe et intelligent.
David Attenborough nous invite également un un changement radical, celui qui consiste à passer de la domination à la relation. Pendant longtemps (encore aujourd’hui), les sociétés industrielles ont considéré la nature comme une ressource, un stock, un environnement extérieur, Attenborough invite pour sa part à voir le vivant comme un partenaire, un système relationnel dont nous faisons partie.
Une invitation également – et forcément – à une immense humilité, et donc d’élève. Plus on observe le vivant, plus on découvre son efficacité, sa sobriété, sa capacité d’adaptation, sa résilience … et plus on s’interroge sur les leçons que nous pouvons en tirer pour résoudre ces enjeux qui sont aussi les nôtres.
Finalement une invitation à changer de regard. Au fond, le message de David Attenborough est peut-être moins écologique que culturel : il nous invite à reconsidérer le vivant qui nous entoure non plus comme un arrière-plan … mais comme une condition de notre existence, une source d’inspiration, et un patrimoine commun.
Cela ne vous rappelle rien ? Ce sont évidemment les valeurs et propositions universelles et fondamentales que porte l’idée de prendre modèle sur la nature et d’en faire la plus puissante des alliées et partenaires.


« GEOPOLITIQUE >> Les routes du commerce mondial
Un plan de métro ! Une représentation étonnante et interpellante ! Et une question géostratégique pour vous si vous avez un poste à responsabilité en entreprise.
L’actualité récente autour du Détroit d’Ormuz a remis en lumière une réalité souvent invisible : notre économie dépend d’un nombre très limité de passages maritimes stratégiques. L’article des Echos représente ces flux mondiaux comme un plan de métro géant avec ses grandes stations … Canal de Suez, Canal de Panama, Détroit de Malacca, Détroit de Bab-el-Mandeb, Détroit du Bosphore … un incident voyageur sur une station et c’est tout le réseau qui est en arrêt !
TO DO : Et vous ? c’est quoi votre ligne ? à quelle station changez-vous ? Par quelles stations transite l’essentiel des produits que vous importez, transformez, distribuez ? Le savez-vous ? Conseil géostratégique NewCorp Conseil : demandez à vos équipes de dessiner vos routes sur ce plan de métro, en indiquant le % de vos marchandises et composants stratégiques et les risques associés … vous serez très intéressés du résultat !
Une représentation fascinante de la mondialisation réelle : celle des flux physiques. Car derrière nos objets du quotidien se cache une mécanique gigantesque. Quelques point de repère :
- Près de 90 % du commerce mondial (en volume – 80% en valeur) transite par voie maritime (c’était 75% en 2000).
- Environ 12 milliards de tonnes de marchandises sont transportées chaque année
- Environ 60 000 navires de commerce circulent en permanence dans le monde (Vraquiers ~13 000 / Pétroliers et Chimiquiers ~14 000 navires / Navires de marchandises diverses ~16 000 navires / Porte-conteneurs ~5 600 navires)
- Les plus gros terminaux d’un port comme Shanghai ou Singapour peuvent traiter entre 100000 et 150000 EVP … par jour ! (« EVP » c’est l’unité de mesure standard pour un conteneur de 20 pieds)
- 1 seul porte container géant, par exemple le CMA CGM Jacques Saadé (le plus grand bateau au monde propulsé au GNL) fait 400 mètres de long, culmine à 78 mètres de haut, et peut accueillir plus de 20000 containers.
- Un tel navire en pleine charge peut représenter une valeur, à lui seul, de 1 à 2 milliards d’euros de marchandises sur l’eau !
- Depuis la fin des années 90 les armateurs se sont affranchis de la norme « Panamax » qui limitait la largeur des porte-conteneurs aux écluses du canal. Depuis, il n’y a plus de limites. D’autant plus que ce seront désormais les ports et les routes maritimes qui s’adaptent aux géants des mers.
- Cette course à la taille n’est pas prête de s’arrêter car elle impacte directement la rentabilité du système !
- Le transport maritime représente 3% des émissions mondiales de CO2 (OMI – UN)
- Pour la petite histoire, c’est un américain, Malcom McLean, entrepreneur du transport routier, qui a inventé cette idée de mettre les remorques de ces camions sur l’eau dans les années 50 (notamment pour éviter l’arrivée des bouchons du trafic routier)
5 des transporteurs maritimes mondiaux contrôlent l’essentiel du trafic mondial de conteneurs :
- MSC (Mediterranean Shipping Company), Suisse, siège à Genève. Propriété de la famille Aponte
- Maersk, Danemark, siège à Copenhague
- CMA CGM, France, siège à Marseille. Famille Saadé.
- COSCO, Chine, siège à Shanghai. Entreprise publique.
- Hapag-Lloyd, Allemagne, siège à Hambourg.
À elles cinq, ces compagnies contrôlent plus de 60 % de la capacité mondiale de transport de conteneurs.
Le centre de gravité du commerce maritime mondial s’est largement déplacé vers l’Asie qui compte les 5 plus grands ports de trafic conteneurs au monde :
- Port de Shanghai
- Port de Singapour
- Port de Ningbo-Zhoushan
- Port de Shenzhen
- Port de Qingdao
Quatre des cinq premiers ports mondiaux sont aujourd’hui chinois.
Il faut des accidents pour prendre conscience qu’un carrefour est dangereux. C’est ce que le monde est en train de comprendre avec la guerre en Iran (mais franchement c’est pas la première fois dans l’histoire).
Ces crises ont montré la fragilité du système : blocage du Canal de Suez, tensions en mer Rouge, sécheresse affectant le Canal de Panama (qui force en 2023 à diviser le trafic par deux), risques géopolitiques autour d’Ormuz …
Quelques kilomètres bloqués, et surtout quelques décisions totalement hors de contrôle, peuvent désorganiser des chaînes mondiales entières, donc vos activités. Dès lors tous les secteurs, grandes entreprises et décideurs publics se réinterrogent sur les notions de dépendances géostratégiques, d’intérêt des relocalisations, d’alternatives énergétiques … Cartographier ses dépendances et chaines d’approvisionnement, c’est déjà mesurer et anticiper les risques, et donc établir des choix stratégiques et sécuriser son avenir. La raréfaction des ressources (et donc leur côut) n’est plus seulement (et depuis longtemps) une seule question écologique et géologique de limites planétaires, mais aussi une question politique (et donc beaucoup moins prévisible). Si on peut à peu près calculer les réserves naturelles de telle ou telle ressources, c’est une autre affaire que de prévoir la date de déclenchement d’un conflit, d’une révolution ou d’un putch.
De qui, de quel port et de quoi êtes-vous dépendant ?
Le parallèle avec le vivant est intéressant et instructif.
Bien sûr, la nature connaît de grandes migrations, les circulations longues distances, les échanges massifs … mais l’essentiel des flux biologiques repose sur :
- des écosystèmes locaux
- des boucles courtes
- des ressources disponibles, et à proximité
- la sobriété
Autrement dit, la nature évite autant que possible des dépendances excessivement centralisées … et, plus « dérangeant » pour nos modèles, et comme aime à le rappeler Alain Renaudin (NewCorp / Biomim’expo) : « la mondialisation standardisée n’existe pas dans le vivant« : le Vivant s’approvisionne localement, s’adapte aux ressources disponibles et à leurs besoins (les oiseaux du monde entier font des nids, mais avec des formes et des matières différentes, selon qui ils sont, et ce qu’ils ont « sous le bec »). Dès lors, lorsque vous dépendez de votre écosystème de proximité, vous en prenez soin. Si c’était les plages bretonnes et de Saint Tropez qui étaient massivement inondées et saturées de déchets plastique le problème aurait probablement été traité depuis longtemps (qui oserait dire le contraire ?)
Finalement, cette cartographie des échanges maritimes internationaux ne parle pas seulement de commerce, elle parle de dépendance, de vulnérabilité, de souveraineté, de résilience, et pose une question stratégique de plus en plus centrale :
que faut-il continuer à mondialiser… et que faut-il relocaliser ?
Une question devenue stratégique, pour les coûts, pour le carbone, et pour la sécurité des approvisionnements.
> Livre « Géopolitique des détroits » de Frédéric LASSERRE et Pauline PIC, aux éditions Le Cavalier Bleu
La question GenQuiz de la semaine …

Quelle part du commerce mondial de marchandises (en volume) transite aujourd’hui par la mer via la marine marchande ?


GenQuiz c’est un nouvel outil d’acculturation scientifique et de réémerveillement pour développer sa culture générale et mieux comprendre les clés du monde par un jeu de questions-réponses dans une multitude de domaines.
Parce qu’on protègera mieux, on s’intéressera davantage, on aimera plus, et on prendra de meilleures décisions si on connaît mieux, et notamment les fondamentaux et les grands ordres de grandeur.
Un outil que vous pourrez aussi personnaliser pour traduire en questions-réponses des séries sur votre biodiversité locale, votre rapport RSE, ou feuille de route stratégique … pour amener vos parties prenantes, habitants ou équipes à vos sujets par le jeu, en suscitant leur curiosité et en les challengeant.
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