Revue et de presse, tendances et actualités, ce que nous avons vu, lu et entendu et que nous souhaitions partager avec vous. Friday c’est bio-inspiré propose de décrypter l’actualité économique, sociale et stratégique à la lumière des solutions que pourraient nous apporter le Vivant en modèle et allié.


STARTUPS >> Extraordinaires Mangroves. Lineup Ocean s’en inspire pour protéger le littoral.
La startup française Lineup Ocean, soutenue par le Fonds de dotation de Nausicaa, développe des solutions innovantes de protection du littoral inspirées du fonctionnement des écosystèmes marins, en particulier des mangroves.
Son approche repose sur des modules bio-inspirés, assemblés pour former des structures ultra-poreuses et modulaires capables de : atténuer la houle ; limiter l’érosion côtière ; tout en laissant circuler l’eau, les sédiments et la vie marine.
Contrairement aux infrastructures classiques (digues, enrochements), ces dispositifs ne cherchent pas à “bloquer” pas la mer : ils dissipent l’énergie des vagues en s’inspirant notamment de l’architecture complexe des racines de palétuviers.
Autre spécificité clé : ces structures deviennent rapidement des habitats vivants. Colonisées en quelques mois par les organismes marins, elles recréent des fonctions écologiques essentielles : nurseries pour poissons ; zones de refuge ; supports de biodiversité.
Finalement, une solution hybride à fort potentiel, à la fois infrastructure de protection et écosystème en devenir.
Cet exemple Lineup Ocean est intéressant à nos yeux car il symbolise aussi une grande tendances beaucoup plus large, qui consiste à passer « de la résistance à la résilience ».
Jusqu’à maintenant, les approches traditionnelles de « protection » du littoral reposaient sur une logique de confrontation : digues, murs enrochements … Avec des limites bien connues : coûts élevés, rigidité (donc fragilité), effets négatifs sur les écosystèmes, pollutions …
Lineup Ocean illustre une autre voie pour ne plus lutter contre la mer, mais travailler avec elle. « Coopérer » avec la Nature, c’est la 6ème étape dans l’analyse NewCorp Conseil / Biomim’expo (cf relations Hommes-Nature, Alain Renaudin).
En dissipant l’énergie plutôt qu’en la bloquant, ces solutions s’inscrivent dans une logique de résilience côtière : adaptation aux conditions locales, capacité à évoluer et co-bénéfices écologiques. On passe donc d’une infrastructure “inerte” à une infrastructure vivante et évolutive.
En outre, protéger, c’est aussi restaurer l’écosystème. La protection du littoral de demain doit devenir aussi un levier de régénération écologique. Ici il s’agit de recréer des habitats, favoriser les chaînes trophiques, soutenir la biodiversité. Pour ne plus choisir entre protection et biodiversité, mais faire les deux, pour ce que nous appelons un co-bénéfice symbiotique dans une approche « nature-oriented ».
Les mangroves – dominées par des arbres appelés palétuviers – comptent parmi les écosystèmes les plus fascinants du vivant.
Présentes dans les zones tropicales et subtropicales, à l’interface entre terre et mer (zones intertidales), ces espaces sont soumis à des conditions extrêmes : sel, marées, vagues …
On les trouve un peu partout mais de façon très ciblés :
- en Asie du Sud-Est (Indonésie, Bangladesh, Inde, Thaïlande)
- en Afrique (notamment Sénégal, Mozambique, Madagascar)
- en Amérique latine et Caraïbes (Brésil, Mexique, Cuba)
Au total, elles couvrent environ 150 000 à 200 000 km² dans le monde, une surface relativement limitée, mais à très forte valeur écologique ; et surtout une adaptation assez unique dans le monde végétal : les mangroves sont dominées par des arbres appelés palétuviers, capables de vivre dans un environnement normalement hostile aux plantes : l’eau salée.
Les palétuviers ne sont pas tout à fait les seuls végétaux tolérant le sel (on parle de “plantes halophytes”), mais ils font partie des rares arbres capables de se développer directement en milieu marin et intertidal.
Leur adaptation est spectaculaire :
- filtration du sel à la racine ou excrétion via les feuilles
- racines aériennes (échasses, pneumatophores) pour respirer dans des sols pauvres en oxygène
- ancrage puissant dans des sols meubles et instables
Grâce aux palétuviers, les mangroves sont des écosystèmes parmi les plus riches au monde, de véritables hotspots de biodiversité. On y trouve :
- des poissons (bars, vivaneaux, mérous juvéniles)
- des crustacés (crabes, crevettes)
- des mollusques (huîtres, palourdes)
- des oiseaux (hérons, martins-pêcheurs)
- des reptiles (crocodiles dans certaines régions)
- les palétuviers donc (Rhizophora, Avicennia…)
- et des algues et plantes halophiles associées
Et on estime qu’une grande partie des espèces marines tropicales passent par les mangroves à un moment de leur cycle de vie.
Malgré leur surface limitée, les mangroves :
- protègent efficacement les côtes contre les tempêtes et l’érosion
- piègent les sédiments
- stockent d’importantes quantités de carbone (parmi les plus élevées au monde)

« AGROCLIMATOLOGIE » >> Mais qui est Serge Zaka et que dit-il ?
Depuis plusieurs mois, Serge Zaka s’impose comme une voix montante dans le débat public sur le climat. Ingénieur agronome et docteur en agroclimatologie, il travaille sur un sujet encore peu médiatisé (et pourtant évident) : l’impact concret du changement climatique sur l’agriculture.
Très actif sur les réseaux sociaux et régulièrement sollicité dans les médias, il s’est fait connaître pour son style qui dénote, ses analyses et ses alertes, sa capacité à traduire des phénomènes complexes en impacts très concrets, au point de devenir, progressivement, un scientifique-média, à la fois suivi, écouté … mais aussi parfois contesté. Disons qu’il parle sans détour et nomme les choses.
Ce qui frappe tout de suite chez Serge Zaka, c’est autant le fond que la forme : chapeau de cow-boy, allure de chasseur d’orages, ton direct, parfois frontal, forte présence sur les réseaux, et une posture assumée, loin des codes académiques traditionnels.
Son parcours explique en partie cette singularité :
- passionné de météo dès l’enfance
- ancien chasseur d’orages
- volonté de connecter science, terrain et grand public
Il incarne une figure hybride : ni uniquement chercheur,
ni vulgarisateur classique, mais un passeur entre science et société.
Le message de Serge Zaka est finalement assez simple, pour dire que le changement climatique n’est plus une projection et qu’il transforme déjà le vivant, en particulier l’agriculture … qu’on le veuille ou non.
Il dit au fond que les cultures qui ne produisent plus comme avant ; que les rendements sont en baisse ; que les besoins en eau sont et seront croissants ; que les cycles agricoles sont perturbés. Il ne cherche pas à proposer un catalogue de solutions, mais souhaite avant tout décrire et faire accepter une réalité à laquelle il faut désormais s’adapter. Ce n’est donc pas une posture dogmatique ou engagée, mais principalement factuelle. Lorsque les questions et sujets agricoles virent rapidement à des questions d’opinion et donc à des débats stéréotypés et souvent virulents, Serge Zaka veut sans cesse remettre la balle au centre pour ne pas discuter d’idées mais de faits, que parfois on ne connait pas ou qu’on ne veut pas citer pour ne pas gêner.
Pour Serge Zaka, le changement climatique affecte l’agriculture à travers quatre mécanismes principaux :
Le manque de froid : les arbres fruitiers par exemple ont besoin d’un certain nombre d’heures de froid en hiver pour déclencher leur floraison. Moins de froid = floraison perturbée = baisse, voire absence de production. Certaines cultures pourraient devenir impossibles dans certaines régions.
La chaleur excessive : les épisodes de fortes chaleurs affectent directement les productions : stress des plantes, perturbation de la floraison, baisse de production animale (ex : lait). Résultat : des pertes de rendement parfois massives.
Le stress hydrique : moins de pluie en été + plus de chaleur = des sols plus secs. Les besoins en irrigation augmentent … alors même que la ressource diminue. À terme, certains modèles agricoles deviennent difficilement soutenables.
La désynchronisation des saisons (ou le piège du faux printemps) : Des hivers plus doux avancent la floraison…
mais les gels tardifs restent possibles. Résultat : des cultures en fleurs détruites en quelques nuits.
Le « cas » Serge Zaka est intéressant à plus d’un titre, mais le point central est qu’il montre que le climat devient visible dans le vivant. Autrement dit : on ne peut pas ignorer le climat lorsqu’il se voit dans les champs. Dès lors le climat n’est plus une abstraction, il devient observable dans les cultures, les sols, les cycles biologiques, et le Vivant devient lui-même un indicateur du changement.
La première conséquence de sa démonstration est que les impacts sont déjà là et qu’ils obligent à adapter les pratiques dès aujourd’hui, en acceptant (c’est là souvent le refus psychologique) que certaines cultures devront migrer… ou disparaître localement.
C’est une invitation à regarder la réalité en face et à adapter nos modèles … plutôt que de chercher obstinément à maintenir à tout prix les équilibres passés. C’est évidemment applicable à tous les secteurs d’activités bien au-delà de l’agriculture.


COUP DE PROJECTEUR >> Baleine sous gravillon
Le podcast Baleine sous Gravillon, créé en 2020 par Marc Mortelmans, s’est imposé comme une référence francophone dans la vulgarisation du vivant et vient de dépasser les 50000 abonnés !
Son ambition est simple et puissante : raconter le vivant pour mieux le comprendre … et donner envie de le protéger. Tout commence par là.
Le format repose sur des échanges avec des experts (scientifiques, naturalistes, explorateurs), pour explorer … à peu près tout ! : les espèces animales et végétales, les comportements et interactions, les grands mécanismes de la biodiversité, les tendances de fond, notre rapport au vivant …
Avec plusieurs centaines d’épisodes (plus de 800), jusqu’à 100 000 écoutes mensuelles à l’échelle de l’écosystème, une note proche de 4,9/5 sur les plateformes, le podcast est devenu un véritable média du vivant, décliné en plusieurs formats et prolongé par des livres, conférences et contenus pédagogiques.
Côté contenus, les sujets sont à la fois pointus et accessibles, mais aussi souvent surprenants, avec une sorte d’obsession chez Marc : sortir des poncifs et des idées reçues, voire stéréotypées. A force de passion, de travail et de rigueur, le journaliste interviewer est devenu lui-même expert et très bien renseigné. En réalité c’est donc bien un duo en ping pong que vous écoutez à travers les podcasts, passionnant des deux côtés de la table (si vous passez à l’antenne, soyez précis au risque de vous faire gentiment relancé, ou recadré !;-)
Marc connait bien le biomimétisme, ce fut même son tout premier sujet ! Alors nos liens sont forcément très étroits et intimes. Alain Renaudin a eu la chance d’être longuement interviewé pour 4 épisodes, et Marc est un habitué de l’événement Biomim’expo où il nous fait le plaisir de participer avec toute sa passion et générosité.
Journaliste, podcaster, auteur et naturaliste, Marc Mortelmans a un parcours atypique : ancien guide de plongée et d’expéditions, il s’oriente vers la transmission des connaissances sur le vivant.
Il est également créateur de l’émission « Mécaniques du Vivant » sur France Culture ; auteur de plusieurs ouvrages sur la biodiversité (liens plus bas) ; conférencier engagé sur les questions environnementales.
Son projet avec Baleine sous Gravillon est clair : rendre le vivant accessible à tous, mais surtout sans simplification excessive. Une démarche rare, même sans doute unique, à la croisée de la science, de l’éducation et de l’engagement.
Nous vivons dans une société où la biodiversité est omniprésente … mais largement invisible et surtout très très méconnue.
Et c’est bien dommage car on ne protège pas ce que l’on ne connaît pas. Le travail de Baleine sous Gravillon rappelle une évidence fondamentale : comprendre le vivant, c’est déjà commencer à le préserver.
C’est aussi une invitation à sortir de la spécialisation. La biodiversité est souvent perçue comme un sujet scientifique, un sujet d’experts, un sujet “écologique” au sens restreint. C’est une erreur. Le vivant est tout à la fois : économique (ressources, agriculture, santé), stratégique (risques, résilience), culturel (rapport au monde) … et surtout : il concerne tout le monde.
Ce type de média contribue à déspecialiser le vivant, à le remettre au cœur des imaginaires collectifs, et à considérer l’émerveillement comme un levier stratégique : comme le rappelle souvent le podcast : “On aime ce qui nous a émerveillé, et on protège ce qu’on aime”.
Merci Marc !
La question GenQuiz de la semaine …

Ces quatre insectes sont les champions du saut ou du chant estival. Saurez-vous les identifier correctement ?


GenQuiz c’est un nouvel outil d’acculturation scientifique et de réémerveillement pour développer sa culture générale et mieux comprendre les clés du monde par un jeu de questions-réponses dans une multitude de domaines.
Parce qu’on protègera mieux, on s’intéressera davantage, on aimera plus, et on prendra de meilleures décisions si on connaît mieux, et notamment les fondamentaux et les grands ordres de grandeur.
Un outil que vous pourrez aussi personnaliser pour traduire en questions-réponses des séries sur votre biodiversité locale, votre rapport RSE, ou feuille de route stratégique … pour amener vos parties prenantes, habitants ou équipes à vos sujets par le jeu, en suscitant leur curiosité et en les challengeant.
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